Montée en puissance
du PEPR TASE

Editorial de la revue SEER #2, publiée en juin 2026, co-écrit par Philippe Azaïs (CEA), Jean-François Guillemoles (CNRS, UMR IPVF) et Nicolas Retière (UGA, G2Elab), co-directeurs du PEPR TASE « Systèmes énergétiques et énergies renouvelables ».

La transformation du système énergétique est une nécessité pour arriver à tenir les objectifs annoncés dans la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie : accélérer l’électrification et renforcer la souveraineté énergétique de la France avec l’ambition d’une énergie plus décarbonée, plus sûre et plus juste. Pour cela, la France mise sur la sobriété et sur la résilience des systèmes énergétique, ainsi que sur l’innovation technologique issue d’une recherche portée collectivement par l’ensemble des acteurs académiques et industriels de l’énergie. C’est dans cet esprit que le PEPR TASE « Systèmes Énergétiques et Énergies Renouvelables » a été lancé il y a trois ans, avec l’objectif clair de structurer la recherche française autour des énergies renouvelables et des systèmes énergétiques de demain. Financé à hauteur de 45,1 millions d’euros sur six ans, ce programme ambitieux rassemble près de 90 laboratoires, du CEA au CNRS aux autres ONR, en passant par les universités, pour relever un défi de taille : rendre notre système énergétique plus résilient, plus flexible, plus souverain et moins dépendant des ressources fossiles ou critiques.

Aujourd’hui, le bilan est très positif. Le PEPR TASE a su créer une dynamique forte entre chercheurs, chercheuses, et acteurs socio-économiques.

156 publications scientifiques, deux bourses ERC obtenues – reconnaissance par l’Europe de l’excellence de la recherche portée par des membres du PEPR – trois brevets déjà déposés alors que les premières thèses sont à peine soutenues, et surtout, une communauté scientifique qui dépasse les frontières disciplinaires. Par exemple, le projet AgriPV-ER a développé une plateforme expérimentale de 700 m² pour étudier l’agrivoltaïsme, cette pratique qui consiste à produire de l’électricité solaire tout en cultivant des terres agricoles. Cette approche pour concilier production alimentaire, énergétique, et maîtrise de la ressource en eau associe des chercheurs et chercheuses d’horizon très divers, entre science des matériaux, ingénierie des systèmes, climatologie, météorologie et analyse des impacts environnementaux.

Autre exemple : le projet PowDev, qui a construit une base de données climatiques pour anticiper les risques liés aux événements climatiques extrêmes sur les réseaux électriques. Si le black-out ibérique de 2025, contrairement à celui du Texas en 2021, n’est pas dû à un évènement météorologique extrême, il rappelle à quel point la résilience des systèmes énergétiques est cruciale, même en Europe où le réseau est traditionnellement considéré comme sûr.

Enfin, il ne faut pas oublier les collaborations industrielles, avec des partenariats concrets avec EDF, RTE ou TotalEnergies, et l’émergence de deux start-up issues directement des recherches menées dans le cadre du programme, outre les contacts avec de nombreux acteurs des filières concernées, et la participation aux consortium de maturation et prématuration, EXTASE et MSNA-TASE.

Pourtant, tout n’a pas été simple. La réduction budgétaire de 10 % fin 2023 a forcé le programme à revoir certaines de ses ambitions, et le recrutement de doctorants s’est parfois heurté à la forte attractivité de l’industrie pour les profils les plus recherchés, comme les experts en intelligence artificielle ou en électronique de puissance. Mais le PEPR TASE a su s’adapter pour permettre à ses membres de mener leurs travaux à bien.

Alors, que nous réserve l’avenir ? 2026 est une année charnière. Le lancement du PEPR FutuRE au printemps devrait prolonger et amplifier les travaux engagés en développant un volet expérimental autour des réseaux énergétiques qui n’a pas pu être couvert par TASE. Les liens avec les acteurs socio-économiques vont se renforcer, notamment grâce au Club des Partenaires Socio-Économiques, qui réunit déjà une quarantaine de membres. Les journées scientifiques TASE et l’école interdisciplinaire de cet automne continueront de fédérer les chercheurs et de stimuler les échanges.

Enfin l’équipe de la direction de programme est maintenant au complet avec le recrutement d’une nouvelle chargée de programme (Dounia DEMS) et l’arrivée d’une ingénieure de valorisation (Morgane DELTERAL) pour faciliter le transfert des innovations vers l’industrie.

Mais les défis restent nombreux. Comment mieux intégrer les sciences humaines et sociales dans des projets souvent très techniques ? Comment améliorer le partage des données entre les différents acteurs ? Comment rendre les carrières académiques plus attractives face à l’appel de l’industrie ? Comment mieux faire connaitre et amplifier nos travaux à l’échelle européenne ? Autant de questions auxquelles le PEPR TASE devra répondre pour continuer à jouer un rôle clé dans la transition énergétique française.

Dans un contexte où la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3) et la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) tracent la voie vers une économie décarbonée, le PEPR TASE a toutes les cartes en main pour devenir un acteur incontournable. Car la transition énergétique ne se décrète pas : elle se construit, pas à pas, grâce à la recherche, à l’innovation et à la collaboration. Et c’est précisément ce que nous espérons faire quotidiennement avec vous et ce programme.

Les membres du PEPR TASE, lors des journées annuelles du programme en juin 2026 à Centrale Lille.

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