Les cellules tandem à l’épreuve
modélisation multiphysique du rendement extérieur

Les cellules tandem, sujet de recherche du projet IOTA, comptent parmi les technologies photovoltaïques les plus prometteuses pour améliorer la conversion de l’énergie solaire en électricité. Si leurs rendements sont généralement évalués en laboratoire dans des conditions standardisées, leurs performances réelles dépendent des variations d’ensoleillement et de température auxquelles elles sont soumises en extérieur. Dans quelle mesure ces fluctuations modifient-elles l’énergie délivrée par ces cellules ? Pour répondre à cette question, un modèle multiphysique, qui couple les phénomènes optiques, électriques et thermiques peut être développé afin d’estimer l’énergie produite au cours du temps en fonction des conditions climatiques locales.

Par Marion Gonçalves, doctorante à l’INL sous la direction de Mohamed Amara et Emmanuel Drouard,
membre du projet IOTA

Les cellules photovoltaïques en Silicium cristallin dominent largement le marché. Leur rendement de conversion record, tant en laboratoire qu’à l’échelle industrielle, se rapproche de plus en plus du maximum théorique, établi à 29 %. Le principal phénomène qui restreint leurs performances est la thermalisation : l’excès d’énergie des photons incidents par rapport à l’énergie de bande interdite du Silicium est dissipé en chaleur. En effet, la bande interdite d’un semi-conducteur correspond à l’énergie minimale nécessaire pour faire circuler un électron, mais elle fixe aussi la quantité maximale d’énergie électrique récupérable par photon.

Une nouvelle architecture de cellules appelées « tandem » permet de dépasser ce rendement limite théorique. Elle combine deux cellules photovoltaïques l’une sur l’autre. Chaque sous-cellule est optimisée pour convertir une partie différente du spectre solaire, ce qui réduit la thermalisation. La sous-cellule supérieure (de bande interdite élevée) absorbe les photons de grande énergie, tandis que la sous-cellule inférieure capte les photons de plus faible énergie, non absorbés par la sous-cellule supérieure. Le gain en efficacité provient principalement d’une meilleure conversion du rayonnement en électricité, et non d’une absorption d’une plus grande partie du spectre solaire.

Simulateur solaire pour la caractérisation de cellules photovoltaïques, permettant de calculer le rendement de conversion des cellules photovoltaïques.
© Cyril FRESILLON – INL – CNRS Images

Tandem Pérovskite/Silicium : la configuration la plus étudiée de nos jours

La sous-cellule inférieure est généralement composée de Silicium cristallin, technologie la plus produite dans le monde. Pour la sous-cellule supérieure, les pérovskites hybrides halogénées sont des matériaux prometteurs. Leur bande interdite plus élevée que celle du silicium cristallin, est ajustable via leur composition chimique. Ce sont des couches minces (épaisseur inférieure au micromètre), qui offrent la perspective d’une fabrication à faible coût grâce à des procédés de dépôt relativement simples. Mais des challenges persistent : ces matériaux sont encore peu stables dans le temps. Il est également difficile d’avoir un maintien de leurs performances sur des surfaces de cellules à taille réelle.

Configuration électrique des cellules tandem

Dans les cellules tandem, plusieurs schémas de connexion électrique existent :

La configuration électrique la plus étudiée actuellement est celle à 2 terminaux ou 2T (moins de pertes optiques et coûts de fabrication plus faibles). Le rendement record des cellules photovoltaïques tandem Pérovskite/Silicium 2T dépasse les 35 %, ce qui est bien supérieur à la limite théorique des cellules conventionnelles en Silicium cristallin.

Les conditions climatiques extérieures impactent différemment les performances des cellules testées en laboratoire
© Nuno Marques – Unsplash

Efficacité en conditions de test standard VS Production d’électricité en conditions réelles

Le rendement est mesuré dans des conditions de laboratoire appelées conditions de test standard (STC). Elles correspondent à un éclairement constant de 1000 W/m² sous un spectre de référence nommé AM1.5 (représentatif de l’ensoleillement moyen annuel des régions soumises à un climat tempéré), et à une température de cellule fixée à 25°C. L’efficacité des cellules tandem 2T, contrainte par l’équilibre des courants des sous-cellules, est optimisée sous ces conditions spécifiques.

Or, les cellules photovoltaïques produisent en réalité de l’électricité en extérieur, où l’éclairement et la température varient à la fois au cours de la journée et des saisons, et selon la localisation. Ces fluctuations perturbent l’équilibre des courants obtenu sous STC : il est possible qu’une des sous-cellules produise plus de courant que l’autre. Cela diminuerait certainement la puissance totale générée. Pour quantifier le gain réel de performances des cellules tandem par rapport aux cellules photovoltaïques standard, ce travail, qui s’inscrit dans le projet IOTA, s’intéresse au productible (électricité délivrée par la cellule sur un an à un endroit donné), plutôt qu’au rendement sous STC.

Estimation du productible des cellules tandem grâce à la modélisation multiphysique avancée

Notre travail consiste à développer un modèle multiphysique pour simuler la production d’électricité des cellules tandem sur un an, à une localisation choisie. Ce modèle est composé de plusieurs briques qui interagissent ensemble :

La puissance maximale produite à chaque pas de temps horaire permet d’estimer le productible annuel de la cellule tandem à un endroit donné. Plusieurs analyses sont possibles à partir de ces résultats :

Ce modèle a vocation à être appliqué aux dispositifs développés dans le cadre du projet IOTA, et a pour objectif plus lointain de devenir un outil pour la communauté qui travaille sur les cellules tandem.

Calculer le rendement énergétique

La simulation est réalisée sur une année, à pas de temps réguliers, afin d’estimer le productible.


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